Affaire Bétharram : meurtri, sonné dégouté, mais combattif au nom de la laïcité
Par Elie Puigmal, le 19 mai 2025
L’audition de François Bayrou par la commission d’enquête parlementaire, censée faire toute la lumière sur les violences sexuelles dans les institutions religieuses, me laisse un goût amer. Plus qu’une défense et une attaque politiques, c’est CE silence assourdissant sur l’essentiel qui m’est insupportable : rien, ou si peu, sur nos enfants de la République, les victimes. Rien sur nos enfants et adolescents abusés, broyés dans leur chair et leur âme par des années de souffrance, d’enfermement, d’oubli, de déni. Rien sur leurs familles, détruites dans leur être et leur foi.
Le président du MoDem, qui a eu une connaissance et/ou partielle de ces faits accablants liés à l’affaire Bétharram, a préféré se retrancher derrière l’argumentaire de « je ne savais pas » d’une part et d’autre part dire « je suis victime d’une agression politique » plutôt que de faire preuve de la hauteur morale et politique qu’exigeait ce moment grave et solennel.
Il n’a jamais formulé cette phrase essentielle : « Plus jamais ça. »
C’est bien là que le bât blesse. Ce n’est pas seulement l’Église qui est mise en cause, même si elle en porte la plus haute responsabilité, c’est tout le tissu institutionnel — élus, préfets, fonctionnaires, responsables politiques — qui souvent préfère la prudence à la justice, la discrétion à la vérité, le sacro-saint pas de vague. Le respect des valeurs de la République indivisible, laïque, sociale et démocrate n’autorise aucun silence face à l’agression d’un enfant.
Dans notre démocratie laïque, aucune autorité spirituelle, religieuse ou morale n’est au-dessus de la loi. Il faut le marteler encore et toujours. La laïcité est un principe constitutionnel d’organisation mais c’est un outil de protection et d’émancipation. Elle devait garantir que jamais, au nom de la foi ou de la tradition, des enfants ne soient livrés à des ignobles abuseurs car supérieurs de par leurs fonctions.
Mais que reste-t-il après cette audition ? Aucune proposition concrète, aucun engagement politique fort, pour garantir que plus jamais un enfant ne soit agressé sous le sceau du secret d’un pensionnat religieux. Aucun mot pour les victimes : « Nous vous avons entendues et écoutées, nous allons agir. »
L’affaire Bétharram, et tant d’autres, révèlent les failles, l’omerta, et l’effroyable lâcheté de ceux qui savaient. A ce jour, l’étau de l’indifférence se resserre si la parole politique n’est pas à la hauteur.
Il est temps que la République regarde ce drame en face. Il est temps qu’elle protège, qu’elle légifère, qu’elle condamne, qu’elle répare. Il est temps que l’omerta prenne fin.
Il est aussi temps que l’institution religieuse regarde concrètement et ouvertement la triste réalité que de trop nombreux drames sont le fait de religieux et autres laïcs. C’est un devoir moral car ils vivent dans la République et sont soumis aux lois françaises et non à leur lois divines.
Il faut que la République honore son vrai devoir : celui de protéger ses enfants, tous ses enfants et de les reconnaître comme victimes.
Tout mon soutien à M. Esquerre et ces personnes qui militent dans les associations qui dénoncent ces crimes et demandent réparations.