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Gouverner, ce n’est pas seulement parler après les drames, c’est agir avant

Par webmclr66, 9 juin, 2026
Actualités

                   Je me suis tu quelques jours pendant que tout le monde parlait de Lyhanna

J’ai regardé les chaînes d’information, les réseaux sociaux, les médias écrits, les plateaux de télévision. J’ai écouté ceux qui, persuadés d’avoir une légitimité, en boucle commentaient la disparition puis la mort atroce de cette enfant de onze ans.

Mais ont-ils seulement pensé à ses parents ? À sa famille ? À ses camarades de classe ? 

À ses amies ?

Je ne le crois pas toujours.

Il fallait du buzz, de l’audience, de l’émotion immédiate. Il fallait remplir l’espace. Et j’y ai vu une forme d’indécence. Le corps de cette enfant était encore recherché que déjà son prénom, son visage, son sourire étaient devenus des images répétées à l’infini.

Oui, c’est une tragédie insupportable. La mort d’un enfant est ce que notre humanité supporte le plus difficilement.

Mais cette douleur nous autorise-t-elle à tout dire ? À réclamer la guillotine ? À reparler de la peine de mort comme si la barbarie pouvait réparer la barbarie ?

Depuis quelques jours, j’entends cette question lancée avec sarcasme qui m’est adressée :

« Alors, toujours contre la peine de mort ? »

Et je reste frappé par la rapidité avec laquelle certains sont prêts à ressortir les vieux outils de mort de notre histoire collective, comme si tuer à nouveau pouvait apaiser quoi que ce soit.

Je comprends pourtant la colère. Comment ne pas la comprendre ? Une enfant de onze ans meurt, et c’est toute la société qui vacille. C’est un dérèglement profond de notre humanité. Précisément c’est parce que le sujet est immense et complexe que la retenue devrait être. 

Nous ne sommes ni juges, ni enquêteurs, ni spécialistes de la protection de l’enfance. Nous sommes des citoyens bouleversés. Et parfois, la décence commande davantage le silence que les certitudes lancées à l’encan. 

J’ai moi aussi senti la colère monter. J’ai eu envie, quelques instants, de suivre la meute. Puis je me suis arrêté, ravisé. De quel droit transformer cette enfant en argument politique ou en exutoire émotionnel, débridé collectif ?

La peine de mort ne rendra pas Lyhanna à ses parents. Elle ne réparera jamais le vide immense dans lequel ils devront apprendre à survivre. Elle ne ressuscitera aucun enfant. Elle ne guérira aucune famille.

Et surtout, elle ne corrigera pas les failles qui ont permis qu’un tel drame arrive. Elle reste et restera inefficace. 

Car la vraie question collective est là : qu’avons-nous fait — ou pas fait — pour protéger nos enfants avant qu’il ne soit trop tard ?

Ce débat devrait être celui de la prévention, de la protection de l’enfance, des moyens humains, techniques, matériels et financiers donnés à la justice, à la police, à l’école, aux services sociaux, aux magistrats spécialisés.

Ce matin sur France Inter encore, Édouard Durand, président de la CIIVISE, rappelait que dix conseils et 82 propositions concrètes et précises sous formes d’alertes claires avaient été transmises aux pouvoirs publics depuis 2023 pour mieux protéger les enfants victimes de violences sexuelles. 

Hélas, tant de recommandations sont restées sans suit seules 23 ont été mises en œuvre. 

Alors oui, les responsables politiques doivent répondre, doivent assumer leurs responsabilités. Oui, ils doivent expliquer ce qui a été fait — et ce qui ne l’a pas été.

Car gouverner, ce n’est pas seulement parler après les drames. C’est agir avant. Et c’est aussi la morale qui doit les amener à penser, à présenter leur démission ? Être exigeant avec les boucs émissaires est une chose, mais elle ne peut être à sens unique. 

La peine de mort est une illusion de réparation. Elle donne parfois l’impression d’une réponse forte, d’une salubrité publique retrouvée. Mais elle ne protège personne. Elle ne prévient rien. Elle détourne même parfois notre regard de l’essentiel. L’essentiel, ce sont nos enfants vivants. Ceux qu’il faut écouter et entendre. Ceux qu’il faut protéger. Ceux pour lesquels il faut former davantage de professionnels dans l’Éducation nationale, la justice, la police et tous les services en contact avec l’enfance.

Nous passons trop souvent notre temps à protéger les enfants après leur mort, quand il faudrait enfin tout faire pour les protéger de leur vivant.

Si Lyhanna, Maëlys et tant d’autres nous parlent, elles nous disent ceci « Cessez les indignations de circonstance, émotionnelles. Construisez enfin une véritable politique de prévention et protection de l’enfance ». 

Aucune société ne peut se dire juste lorsqu’elle échoue à protéger nos enfants de notre Republique indivisible, laïque, démocratique et sociale. 

Elie Puigmal, président du comité laïcité des Pyrénées-Orientales, CLR 66.

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