La laïcité, puissance émancipatrice des femmes
Par Elie Puigmal, le 10 mai 2025
Intervention sur la laïcité et la parité à l’Ambassade de France à Berlin le 10 mai 2025.
Monsieur l’Ambassadeur,
Madame la Présidente de l’Observatoire régional d’Occitanie de la Parité,
Mesdames et Messieurs en vos qualités respectives,
Il me revient aujourd’hui de vous parler d’un principe constitutionnel de notre République - la laïcité - de sa puissance transformatrice, émancipatrice des femmes leur permettant l’accès au pouvoir, politique et/ou économique.
La laïcité cette année nous célébrons les 120 ans de vie.
Le droit de vote des femmes en France, nous célébrons également les 80 ans de vie.
La laïcité est la neutralité de l’État. Elle est aussi un cadre de liberté, de justice. Elle est, pour les femmes, une arme pacifique déterminante contre les assignations culturelles, religieuses ou sociales qui les maintiennent à la marge du pouvoir depuis des siècles.
Historiquement, les traditions religieuses - toutes confessions confondues - ont servi à justifier l’injustifiable, l’infériorisation des femmes : reléguées à la sphère domestique, privées de droits, de voix, d’éducation. Cette confusion entre loi civile et dogme religieux la laïcité permet de la dissiper. En séparant clairement les convictions personnelles de l’espace public, la laïcité donne à chaque individu - particulièrement aux femmes - la liberté de devenir sujet, maîtresse de sa propre vie.
Sans cette séparation, l’égalité, la parité femmes-hommes seraient de vœux pieux, toujours conditionnées, fragiles. Avec la laïcité, l’égalité et la parité deviennent des exigences démocratiques. C’est ce principe qui a permis, en France, l’adoption de lois majeures : la parité en politique en 2000, l’égalité salariale, la lutte contre les discriminations, ou encore les dispositifs en faveur de l’entrepreneuriat féminin.
Rappelons le, le pouvoir ne se limite pas à la sphère politique. Il est aussi économique, culturel, symbolique. Et l’émancipation passe par l’indépendance. Une femme qui travaille, dirige, crée, est élue, sans oppositions des interdits religieux, culturels, est une femme libre, indépendante, autonome. Cette liberté, la laïcité en est le garant.
Sans laïcité, comment garantir l’accès à l’éducation sans qu’il ne soit conditionné par le sexe, l’origine ou la religion ? Comment assurer qu’une jeune fille puisse choisir son avenir sans pression communautaire ? à disposer de leur corps ? à s’habiller comme elles l’entendent ? à aimer ? à croire ou ne pas croire librement ? à changer de religion ? On ne le peut pas, sans laïcité, l’égalité devient négociable. Et ce qui est négociable est toujours menacé.
Les reculs sont réels. On observe en France, des tentatives insidieuses de réintroduire dans l’espace public des normes religieuses au détriment des droits des femmes. Ces offensives ne disent pas leur nom, car elles se drapent parfois dans les habits du respect culturel, de la diversité, voire d’un féminisme dit “inclusif”. Mais en réalité, elles enferment, elles essentialisent ; elles réduisent la femme à une identité religieuse, à un rôle traditionnel, à une fonction sociale dictée par d’autres.
La laïcité ne demande pas aux femmes d’être les mêmes. Elle leur permet d’être libres, la liberté d’expression, de croire ou non, de penser, d’agir, de décider. Cette liberté fonde leur capacité intellectuelle à exercer le pouvoir, dans toutes les sphères.
En défendant la laïcité, nous ne défendons pas un modèle figé, ou une hostilité envers les religions. Nous défendons un cadre de vie commun, où les droits de chacun et chacune sont protégés contre les particularismes, offensifs, oppressifs, obscurantistes. C’est un combat de dignité. C’est un combat d’universalisme, d’humanisme plus que jamais nécessaire.
La France, avec son histoire, est une République indivisible, laïque , sociale, démocratique. Elle a donc la responsabilité d’être en première ligne dans cette bataille. En Europe, dans le monde, elle peut, elle doit porter cette voix singulière, d’une égalité qui ne transige pas, d’une liberté qui n’exclut pas, d’une fraternité qui ne hiérarchise pas.
La laïcité est l’alliée des femmes. Elle est leur rempart, leur levier, leur socle. Il nous appartient collectivement de la promouvoir, de la défendre, de la transmettre, de l’incarner.
« La laïcité n’est pas une opinion, elle permet d’en avoir une. »