ISLAMOPHOBIE
Le 18/01/2026 par Élie Puigmal
Le débat public sur l’islam, l’islamisme politique et la laïcité, est aujourd’hui miné par une confusion entretenue autour du terme « islamophobie ». Présenté comme un outil de lutte contre les discriminations, ce mot est devenu une arme idéologique qui empêche de penser clairement et d’agir efficacement, à la fois contre le racisme et contre les idéologies religieuses radicales
Dans une République laïque, la règle est pourtant simple : les personnes doivent être protégées sans condition ; les idées, les religions et les idéologies peuvent être critiquées. Refuser cette distinction, c’est fragiliser la liberté d’expression, la liberté de conscience et le débat démocratique.
Personne ne peut nier l’existence de discriminations, d’insultes ou d’agressions visant des personnes perçues comme musulmanes ou juives. Ces faits sont réels, graves et pénalement répréhensibles. Mais les combattre efficacement suppose de nommer précisément les faits, sans recourir à des concepts flous qui amalgament des réalités hétérogènes et affaiblissent la laïcité.
Le mot « islamophobie » mélange en effet trois réalités distinctes : la haine envers des individus, la critique d’une religion et l’opposition à l’islamisme politique. Cet amalgame n’est pas anodin. Assimiler la critique de l’islam ou de l’islamisme à une forme de racisme revient à sacraliser une religion et à la placer hors du champ du débat rationnel. Ce glissement est incompatible avec l’héritage des Lumières.
Il est essentiel de rappeler une évidence trop souvent occultée : l’islam n’est pas l’islamisme.
L’islam est une religion plurielle, vécue librement par des millions de croyants.
L’islamisme, en revanche, est une idéologie politique qui vise à imposer une norme religieuse à l’ensemble de la société et à subordonner les lois de la République à des prescriptions religieuses. Le combattre n’est pas stigmatiser une religion ; c’est défendre la laïcité, l’égalité des citoyens et la neutralité de l’État.
L’accusation d’« islamophobie » fonctionne trop souvent comme un argument d’autorité : elle ne réfute pas une idée, elle disqualifie moralement celui qui la formule. Le débat se déplace alors du terrain des arguments vers celui des intentions supposées. Cette mécanique nourrit la polarisation, réduit au silence les voix républicaines et laisse le champ libre aux discours les plus extrêmes.
La laïcité n’est ni une hostilité aux religions ni une arme de stigmatisation. Elle est un cadre commun fondé sur l’universalité des droits et devoirs qui garantit à chacun la liberté de croire, de ne pas croire ou de changer de religion. Dans ce cadre, la critique, la caricature et le blasphème des religions ne sont ni des délits ni des agressions : ils relèvent de la liberté d’expression essentielle.
Défendre la laïcité aujourd’hui, ce n’est pas nier les discriminations. C’est refuser les amalgames, protéger les individus et maintenir la liberté de critiquer toutes les idéologies. À ce prix seulement, la République pourra continuer à faire vivre son idéal de liberté, d’égalité et de fraternité.
« La laïcité n’est pas une opinion, c’est la liberté d’en avoir une. »